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Un sport “vert” ? Bilan carbone des grandes courses, innovations techniques, tourisme durable

Symbole d’effort humain et de découverte des territoires, le cyclisme, et en particulier le Tour de France, se présente souvent comme un sport en harmonie avec la nature. Pourtant, derrière la silhouette épurée du coureur se cache une caravane gigantesque et une logistique énergivore. Alors, le cyclisme professionnel est-il vraiment écologique ? Entre le lourd bilan carbone des grandes épreuves, les innovations pour le réduire et l’impact du tourisme cycliste, le monde de la petite reine est à un tournant de sa transition verte.

Le Tour de France, un géant carbone aux pieds d'argile

Le Tour de France n’est pas qu’une course. C’est une méga-structure itinérante de 21 jours, impliquant près de 4 500 personnes (coureurs, équipes, organisateurs, médias, sécurité), 200 véhicules de la caravane publicitaire, une flotte de 300 voitures et motos d’accompagnement technique et médiatique, sans compter les hébergements et les déplacements des millions de spectateurs.

Selon une étude commandée par Amaury Sport Organisation (ASO) en 2023, l’empreinte carbone du Tour est estimée à environ 150 000 à 200 000 tonnes d’équivalent CO2. La répartition est éloquente :

Sur twitter certains réagissent suite à ces statistiques du Tour de france

Reporterre
Reporterre@reporterre
Partons du principe que les coureurs eux-mêmes n'émettent presque rien, l'écosystème qui permet leur performance est massivement dépendant des énergies fossiles. Le paradoxe est frappant: de son côté, un spectacle célébrant l'énergie humaine pure est rendu possible par un convoi motorisé et un public très motorisé. Comment expliqué vous cela ? @tourdefrance

La course à l'innovation : verdir le peloton et sa caravane

Face à ces constats, les organisateurs et les acteurs du cyclisme s’organisent, engagés dans une transition à la fois technologique et organisationnelle.

Cette transformation concerne d’abord la caravane et le cortège, qui sont en pleine mutation.

D’un côté, on assiste à l’électrification progressive des véhicules : l’ASO teste et intègre des voitures électriques pour ses directeurs de course, ses régulateurs et certains officiels, avec l’objectif d’électrifier 40% du cortège officiel d’ici 2030.

De l’autre, les biocarburants et l’hydrogène prennent une place croissante. Depuis 2022, l’ensemble des véhicules du cortège, comme les suiveurs et les camions techniques, roulent au bioéthanol (E85) ou au B100 (biodiesel), ce qui réduit les émissions de CO2 de ces véhicules de 60 à 90% sur l’ensemble de leur cycle de vie.

Des expérimentations de camions à hydrogène pour le transport des motos sont également en cours.

En parallèle, une optimisation logistique est mise en œuvre, passant par une réduction du nombre de véhicules, un regroupement des transports de matériel et une optimisation des itinéraires pour limiter les kilomètres parcourus à vide.

L’innovation sert aussi le vélo lui-même. Au niveau des matériaux, les cadres en fibre de carbone, bien que complexes à recycler, permettent de fabriquer des vélos plus légers, qui demandent moins d’énergie pour être propulsés.

Une recherche active porte sur les résines biosourcées et sur le recyclage de ces cadres. Côté équipements, le développement de pneus plus durables et moins sujets aux crevaisons permet de limiter les déchets et la consommation de consommables. Enfin, les tenues des coureurs incorporent de plus en plus de polyester recyclé.

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